21 juillet 2008

L'entrevue de Plombières sculptée dans la pierre et le bronze

entrevue plombières.jpg

Christian Poncelet, Frédéric Dubouis et leurs invités italiens ont dévoilé les visages de Napoléon III et du comte de Cavour.

La stèle commémorant le 150ème anniversaire de la rencontre entre Napoléon III et Cavour a été inaugurée dimanche 20 juillet devant l'église de Plombières.

« Nous sommes heureux et fiers de crier, tous ensemble, à Plombières, vive la France, vive l'Italie et vive l'Europe ! ». C'est ainsi que Christian Poncelet, président du Sénat et du Conseil général des Vosges, a inauguré la stèle commémorative. Cette œuvre du sculpteur Brune Desallais et du fondeur David de Gourcuff représente les visages des personnages mis à l'honneur ce week-end : Napoléon III et Cavour. Elle trône désormais au centre de la place de l'église, rebaptisée place Napoléon III.

Une inauguration en grandes pompes. Avant lui, les représentants italiens ont pris la parole pour rappeler la profondeur et l'importance de l'amitié franco-italienne. Ce sentiment conduit à « la stabilité dans la paix, idée à laquelle on ne peut renoncer, aussi bien au niveau national qu'au niveau communautaire », a déclaré le vice-président du Sénat italien.

Le maire de Santena, en Italie, où se situe la demeure historique du comte de Cavour, a remarqué les nombreux drapeaux tricolores qui décoraient les rues de la ville. « Des couleurs tricolores, des couleurs communes », s'est-il exclamé. Entrecoupés de roulements de tambours, les officiels ont également fait honneur à de tout jeunes poètes. Deux écrivains en herbe ont rendu hommage aux soldats de l'époque et ont formulé un plaidoyer contre la guerre et ses ravages.

Outre les tirs de fusils, le public a pu entendre la chorale franco-italienne et l'Amicale des anciens musiciens du 18ème régiment de transmission d'Epinal, qui ont entonné des airs bien connus des deux côtés des Alpes. Les spectateurs ont d'ailleurs repris avec chaleur certaines paroles, notamment celles des hymnes nationaux.

Anecdotique mais symptomatique de notre époque, en parallèle de cette cérémonie, un certain nombre d'"indépendantistes" est venu agiter drapeaux et fanions. Le Mouvement Franche-Comté et surtout la Ligue savoisienne ont exposé leurs revendications. « 1858 : secret d'une trahison pour Nice et la Savoie », pouvait-on lire sur leur banderole. Tout au long des discours, ils ont voulu rappeler que « ces deux territoires n'avaient jamais demandé à être français » et que l'entrevue de Plombières n'est pas une date historique qui « mérite d'être glorifiée par les plus hautes autorités de l'Etat ».

Europe des nations… Europe des peuples… La question est toujours, et plus que jamais, d’actualité.

[d’après L'Est Républicain | 21.07.2008]

01 juillet 2008

90ème anniversaire de l'indépendance tchèque et slovaque célébré à Darney

Quatre-vingt-dix ans après, le premier ministre tchèque a réitéré l'alliance entre son pays et la France. Un pacte confirmé par la secrétaire d'Etat lorraine à la Famille Nadine Morano.

darney1.jpgLe camp Kléber, à l’entrée de Darney, était une plaque tournante européenne, ce 29 juin 2008. Jean-Jacques Gaultier a célébré l'axe entre les républiques tchèque et slovaque, d'une part, et la France, d'autre part. Le premier ministre tchèque, Mirek Topocanek, accompagné de la ministre de la défense Viasta Parkanova et des chefs d'état-major du président de la République et des armées tchèques, avaient fait le déplacement à Darney pour ce 90ème anniversaire.

Pour Prague, l'enjeu est manifestement de taille. Nombreux étaient les journalistes et télévisions venus suivre l'événement. L'objectif était évidemment de réaffirmer la position pro-européenne du gouvernement tchèque, qui doit successivement décider de la ratification du traité de Lisbonne, et prendre la présidence européenne après la France. La République slovaque était représentée par Jan Kuderjavy, son ambassadeur en France.

Du côté français, la secrétaire d'État chargée de la famille s'est appliquée à faire largement écho à cet engagement européen. Nadine Morano a rappelé l'accord de défense et de sécurité passé le 16 juin entre la France et la République tchèque. Elle a souligné « la volonté de paix et de sécurité économique » incarnée par l'Union européenne aux yeux des deux pays alliés, dont une décisive page d'histoire commune s'est jouée à Darney. La République tchèque n'est entrée dans l'Union européenne qu'en 2004. Aujourd'hui, les deux pays sont déjà sur la même ligne en ce qui concerne la défense, la PAC, l'environnement et l'immigration, a énuméré le secrétaire d'État.

darney2.jpgDans la présence des enfants à la cérémonie, la représentante du gouvernement a vu un signe important. Tout comme elle a salué la qualité du travail de fond effectué par les associations d'amitié entre les pays : « J'ai moi-même présidé l'association avec le Tchad et le Quatar », déclare Mme Morano en évoquant la dimension stratégique et économique de ces relations. De même, le représentant du gouvernement slovaque a salué l'œuvre accomplie par André Poirot, président de l'association franco-tchécoslovaque, artisan infatigable du rapprochement entre les deux peuples.

Des liens amicaux illustrés par le monument imposant édifié au mémorial de Darney. Jean-Jacques Gaulthier a resitué l'amitié franco-tchèque et slovaque au sein d'une large fresque historique et géopolitique, évoquant la triple dette de la France vis-à-vis de ses alliés, victimes des Allemands, des nazis puis des envahisseurs soviétiques. L'Europe apparaît comme un rempart face aux périls économiques. À la suite du maire de Darney, Hervé Buffe, chaque orateur a exalté l'amitié entre les trois pays.

[d’après L'Est Républicain | 30.06.2008]

06 juin 2008

Les dictons de France... et de Lorraine aussi

La Lunévilloise Agnès Pierron redonne leurs lettres de noblesse aux dictons de France et d’ailleurs... et de Lorraine aussi !

51gA7hkf0LL__SS500_.jpgPourquoi ce livre ? « Parce qu'il n'existait pas, ou du moins plus, celui que j'avais publié chez Hachette étant épuisé. J'avais envie de rendre hommage à ces petites formes littéraires trop négligées en montrant qu'elles sont beaucoup plus complexes qu'elles n'en ont l'air, voire mystérieuses. Je les ai aussi accompagnées de citations d'auteurs les ayant employées. » Du coup, « « Dictons de France et d'ailleurs » est devenu un gros bouquin de 300 pages, que l'on pourra découvrir tout prochainement chez les libraires.

La spécialiste a volontairement écarté les dictons météorologiques au profit d'un florilège d'expressions auxquelles sont rattachés des noms de villes, de pays ou de régions. De Lorraine notamment, comme celle-ci : « T'es comme le curé de Chamagne, t'as le cœur à droite » ou celle-là : « C'est digne d'un conte de Fraimbois ». Autrement dit : c'est une histoire à dormir debout. Un dicton bien connu ici aussi, attribué au gourmand Stanislas : « Je suis de Nancy et pour la gueule, j'en suis ». On appréciera aussi ce dicton : « Elle est comme la Vierge de Sion, elle n'a ni fesses ni tétons ! ». Ah bon ? « Comtois, tête de bois », c'est aussi un dicton régional. Tout comme « Rambervillers, tête de vé (le veau en patois) ».

Ce n'est pas toujours sympathique, mais ces expressions ont traversé les siècles témoignant d'une culture populaire restée bien vivante en ce début du XXIe siècle.

  • Dictons de France et d’ailleurs, Agnès Pierron, Maison du Dictionnaire, 2008, 300 p. (14 €) - En librairie à compter du 15 juin 2008.

07 décembre 2007

La grande pitié des églises de France

Trois questions sur l'avenir de nos églises...

[cliché : église Saint-Epvre de Contrexéville, Vosges, actuellement fermée en raison des désordres architecturaux que présente l'édifice] 

Hier, reçu par un parlementaire qui se soucie « personnellement » de l’avenir de notre patrimoine religieux, j’avais à l’esprit la rencontre entre Maurice Barrès et Aristide Briand, sublimement décrite dans « la Grande pitié des églises de France » (1914). Ouvrage que je lis avec beaucoup d’intérêt depuis quelques jours.
Barrès voulait alerter le président du conseil de l’époque, et auteur de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905), sur « la menace de ruine » qui pesait sur les églises quelques années après le vote de la loi : « Qu’allez-vous faire M. Briand pour empêcher nos églises de mourir ? » Car entre 1906 et 1914, des maires et des préfets n’ont pas hésité à démolir un certain nombre d’entre elles, soit par idélogie soit par manque de moyens pour les restaurer…

Je n’oserais pas écrire à ce jour que nos édifices cultuels ont trouvé un nouveau Barrès, car je n’ai pas entendu de grandes envolées lyriques, mais j’ai plutôt rencontré une volonté pragmatique forgée par un désir d’aboutir chez un élu proche du Soleil et qui a donc « ses entrées ». Ou plutôt de « l’entregent » comme il le dit lui-même.

Force est de constater que la campagne médiatique soulevée cette année par quelques démolitions d’églises a secoué l’opinion et heurté de nombreuses sensibilités, y compris dans le personnel politique. Tant à droite qu’à gauche.

Le temps paraît propice à des engaments plus libres en faveur à l’avenir de nos édifices religieux dans un contexte idéologiquement dépassionné. Ce phénomène - espérons qu’il ne s’agisse pas d’une illusion – est relativement récent, me semble-t-il.

Dans ce monde secoué de toute part par des mutations profondes (mondialisation, migrations, instabilités géopolitiques de toutes natures, dérèglements climatiques…), le patrimoine reçoit d’autant plus d’attention de la part de nos contemporains qu’il apparaît comme élément tangible et stable de ce qui nous relie à nos origines, à notre histoire personnelle et collective, à la géographie de nos territoires. « Que l’on croit au Ciel ou que l’on n’y croit pas », selon une formule largement usitée.

Ainsi sommes-nous, quelques-uns ou plus nombreux qu’on ne croit – à comprendre ce que ressent Barrès devant cette chapelle immuable, assise solidement, au bord d’une rivière rapide qui porte dans son courant le tourbillon de la vie :

« Pierre éternelle dressée auprès d’une eau qui s’écoule ».
« Au bord de cet écoulement universel, j’aspire à dresser une affirmation de stabilité et d’identité », clame l'écrivain.
« C’est ici le lieu sûr où nous déposons pour les sauver nos sentiments les meilleurs, et ceux que cette voûte ne peut pas recueillir, qu’ils aillent au fil de la rivière et se perdent ».

Elément "de stabilité et d’identité", notre patrimoine religieux devient, à mon sens, éminemment « politique », pourvu qu’il soit fédérateur, intégrateur, créateur de lien social et qu’il puisse exprimer et accueillir librement la spiritualité des hommes et des femmes d’aujourd’hui. Autrement dit, je ne pense pas que l’avenir de nos églises, temples et autres, soit dans leur « muséification ».

Trois questions se posent alors

Comment faire pour qu’à l’heure d’une baisse significative de la pratique religieuse traditionnelle et communautaire, l’on puisse réserver à nos contemporains ces espaces libres, non marchands, non trépidants ? Des lieux « sûrs » où rescapés du grand tourbillon et acteurs du même tourbillon puissent déposer leurs pensées les plus profondes et les plus graves, leurs sentiments les meilleurs comme les plus désespérés.

Comment faire pour que ces lieux puissent non seulement accueillir nos trop-pleins, nos « fatigues » et nos débordements de joie, mais aussi nous enseigner, nous aider à reprendre la barque, forts de leçons d’humanité (nos ancêtres ont vécu à peu près les mêmes) et/ou de spiritualité (quel sens a donc cette vie ?) que ces édifices sont à même de dispenser ?

Comment faire encore pour que ces lieux poursuivent leur mission éducative et culturelle ? Car on apprend plus sur une œuvre et son pourquoi dans le site pour lequel elle a été conçue que dans le meilleur des musées du monde. Nos églises, et particulièrement nos églises rurales, demeurent de formidables éducatrices à l’art pour le peuple tout entier, du plus modeste au plus savant.

Ces édifices cultuels peuvent nous aider à grandir dans la connaissance comme dans la sensibilité et l’émotion si tenté qu’une main ou une voix nous aide à en lire les trésors et les secrets. Secrets et trésors architecturaux, artistiques et techniques qui ont forgé notre civilisation.

Benoît de Sagazan

(source : http://blog.pelerin.info/patrimoine-en-blog/2007)

 

DERNIERE MINUTE...

Le diocèse de Nancy & Toul envisage de vendre l'église Saint-François-d'Assise de Vandoeuvre-les-Nancy. D'importantes réparations doivent être effectuées sur cet édifice conçu par le nancéien Jean Prouvé, mais le diocèse n'a pas les moyens financiers de les réaliser. Aussi, une réflexion est engagée sur le devenir de ce lieu de culte du XXe siècle. Les chrétiens du diocèse et les défenseurs du patrimoine religieux pourront-ils laisser vendre une église lorraine, par ailleurs rare exemplaire de construction religieuse bâtie au cours du XXe siècle ?

02 décembre 2007

Dernier à Dieu à Anne-Lorraine

9551575ad3171a5b63c1a6443f811f08.jpgPlus d'un millier de personnes à l'intérieur de la cathédrale de Senlis, des centaines massées à l'extérieur : c'est devant une foule impressionnante - au sein de laquelle les ministres Christine Boutin et Eric Woerth représentaient le gouvernement - que se sont déroulées samedi 1er décembre les obsèques d'Anne-Lorraine Schmitt. Une cérémonie à l'image de cette jeune fille et de sa famille : digne, sobre, et par là même extraordinairement émouvante.

Mais cette tragique circonstance fut aussi l'occasion de voir rassemblée une autre France que celle qu'on nous montre complaisamment, et qui n'aime d'ailleurs pas trop faire parler d'elle. Pourtant, elle existe bien, cette France-là : elle est forte, solidaire, sensible et pudique à la fois, cette France des familles d'officiers, des écoles catholiques, des troupes de scouts, des jeunes prêts à vivre au service d'un idéal qui les transcende.

Cette France, les médias l'avaient redécouverte avec stupéfaction il y a tout juste dix ans, lorsqu'elle avait accueilli dans une explosion de joie le pape Jean Paul II aux JMJ de Paris, en août 1997. Hier, elle était rassemblée dans le chagrin, présente à Senlis ou en union de pensée, mais c'était bien la même. Avec surtout la même foi, qui arrive à lui faire tirer de ses plus grands malheurs des messages de courage et d'espérance.

Oui, cette France-là existe encore, elle existera toujours : nous l'avoir rappelé, c'est sans doute le dernier cadeau que nous aura fait Anne-Lorraine à l'issue de son si bref passage en notre monde. Qu'elle repose en paix.

On regrettera - et c'est un euphémisme - que la presse régionale lorraine s'est une fois de plus faite remarquer par son assourdissant silence dans cette affaire qui touche tout particulièrement notre Lorraine, puisque la famille Schmitt en est originaire. S'il s'était agit d'un assassinat perpétré dans une de nos banlieues, il n'y a pas de doute que les "journaleux" locaux s'y seraient précipités et nous auraient abreuver de commentaires insipides conformes à la pensée unique. Et, évidemment, en plaignant nos pauvres jeunes oisifs et abandonnés par la société... Pauvre France. Mais quel exemple nous a donné cette jeune fille de France. Quelle leçon de courage et d'espérance pour l'avenir.

par Gérard Gachet

(source : www.lesalonbeige.com)